Une belle histoire de love : Black & Beur

# Posté le mercredi 22 octobre 2008 05:49

Modifié le jeudi 18 juin 2009 12:42

Pourquoi les gays kiffent la racaille?

Pourquoi les gays kiffent la racaille?
Mounir, âgé de 22 ans, a vécu il y a 4 ans une relation très éprouvante. Pendant deux ans, il a accumulé de petites erreurs de parcours et s'éprend de la mauvaise personne. « J'étais jeune et insouciant, et n'avais pas vraiment idée des conséquences que pouvaient avoir mes actes. À cet âge-là, les jeunes gays se sentent en sécurité lorsqu' ils sortent avec un "bad boy", c'était complètement mon cas, je sortais avec "le grand de la cité", celui que tout le monde respecte, j'étais impressionnée par lui. » Mounir m'avoue avoir beaucoup de remords : « Si c'était à refaire, je choisirais un gentil garçon plutôt qu'un caïd. »

Mais alors, pourquoi les gays kiffent la racaille ?

Cela fait un temps déjà que la racaille a envahi le champ des fantasmes gay. Pourquoi kiffe-t-on la racaille ? Cette chose à peine polie qui a du mal a aligner trois mots, ne s'assume pas sexuellement et qui pue (souvent) des baskets ! De quoi se nourrie le fantasme pour la caille ? La transgression me dit-on. Un désir de danger, de ce qui est vénéneux. Une mise en danger volontaire dont on attend un plaisir sexuel.

Ne serait-ce pas plutôt le désir inavoué d'échapper à sa condition de gay en voulant approcher de près celui qui incarne le mâle dominant et qui nous fairait expier (sexuellement) notre déviance ?

# Posté le mercredi 22 octobre 2008 08:42

La vie cachée des beurs gays, partagés entre leur sexualité et leur culture d'origine

La vie cachée des beurs gays, partagés entre leur sexualité et leur culture d'origine
Ils affichent leur corps pleine page dans les magazines homos. Ont leur site Internet comme toute la nébuleuse gay. Des soirées "tea dance" leur sont spécialement dédiées dans les boîtes les plus branchées de la capitale, où leur look "racaille macho", en Ellesse ou Adidas, fait fureur : les gays beurs sont devenus le fantasme tendance dans la communauté gay parisienne. Et pourtant, ces enfants d'immigrés vivent toujours cachés.

Etre gay se vit souvent douloureusement dans les milieux d'origine maghrébine. Quand ils découvrent leur homosexualité à l'adolescence, ces jeunes se sentent bien souvent perdus, piégés dans un environnement où le mariage et la famille, dans le respect des traditions musulmanes, demeurent un modèle. La fidélité à l'islam reste primordiale, et on ne plaisante pas avec l'interdit religieux. "Homosexualité et islam ne sont pas compatibles. C'est toujours considéré comme un grave péché", soutient Abdel T., étudiant en DEUG d'arabe. Ils sont donc rares à "avoir rompu le cordon de la peur" en faisant leur "coming out" dans leur famille, comme Fouad Zeraoui, président de l'association Kelma (la parole, en arabe). Le double jeu est pour eux une question de survie.

Naïm A. est de ceux-là. Avant d'avoir son premier rapport homosexuel, à dix-neuf ans, il était un "hétéro qui n'avait jamais pensé à ça", raconte le jeune président de l'association Youghourta (nom d'un guerrier algérien). D'autres rencontres ont suivi, dans des lieux plus anonymes que le Marais. voir séquence

Société "J'ai mené une double vie : à Paris, un petit cercle d'amis beurs gays. Et, dans ma cité de Saint-Denis, j'avais des petites amies pour donner le change." Le jour où il a commencé à travailler, il a déménagé à Paris "pour pouvoir vivre sans être coincé"et "s'échapper de cette galère".

La "galère", Halim K., lui, est en plein dedans. Ce tout jeune manager travaillant dans une grande chaîne de restauration rapide a été "grillé" par sa s½ur. Cette dernière a découvert il y a trois semaines, dans l'historique de l'ordinateur familial, les adresses de certains sites gays. Sommé par sa mère de s'expliquer, il a "avoué". "Ma mère a voulu me marier, mais j'ai refusé, se souvient-il douloureusement. Ça a été une déchirure terrible : je suis renié et j'ai été forcé de partir." Karim S. a vécu la même rupture avec ses parents, à dix-huit ans. "Mon père pensait que j'allais me soigner. La réaction la plus violente a été celle de ma mère. Quand elle a compris que je resterais gay et que je ne ferais pas d'enfant, j'ai cessé d'exister", relate ce jeune commercial aux yeux clairs.

L'ambiance de la cité pèse aussi fortement. "Pédé", "attay" -"enculé", en arabe- restent les insultes suprêmes entre jeunes des quartiers. L'homophobie y est profondément ancrée. "Quand on est différent, on est bizarre, et donc pédé", assure Naïm A. Abdel N. en a fait la douloureuse expérience dans sa cité de Saint-Denis. "Quand ça s'est su à l'école, les garçons du quartier se sont mis à m'insulter, me frapper, en criant que j'étais "la honte des arabes". "Contrairement au discours rassurant des associations homos, le pacs et la visibilité n'ont pas tout réglé. En marge de l'homo parisien aisé, il y a toute une frange de jeunes de banlieue pour qui tout reste à faire", assène Fouad Zeraoui.

C'est pour rendre visible cette population gay à part que l'association Kelma s'est créée en 1997. Un lieu de paroles et de rencontres, avant de devenir la première organisation à monter des soirées "black blanc beur" gays. Là, le raï et le rap ont remplacé la house, si prisée par les gays. Timidement, les beurs gays commencent à émerger. En 2008, pour la première fois, deux chars élaborés par leurs soins devaient se joindre à la manifestation parisienne. Simplement pour dire que les beurs gays "existent".

# Posté le jeudi 23 octobre 2008 09:26

Témoignage de Yacine, musulman et gay : entre Dieu et une identité sexuelle compliquée, il est difficile pour Yacine de trouver la paix

Témoignage de Yacine, musulman et gay  : entre Dieu et une identité sexuelle compliquée, il est difficile pour Yacine de trouver la paix
Yacine est un jeune français d'origine marocaine. Il est homosexuel et musulman. Pour Filou, il a accepté de témoigner. Il nous parle de sa relation à Dieu. Il se livre sur sa position délicate au sein d'une famille maghrébine où l'homosexualité est un sujet tabou, et évoque son désir d'enfants.

Yacine est un jeune homme de 25 ans drôle et plein de vie, limite hyper actif selon son entourage. Comme il se plaît à le répéter souvent, il s'adore. L'allure toujours très soignée, ultra fashion, il aime faire la fête. C'est un artiste, un passionné de musique. Avec ses faux airs précieux, dans la cité où il a grandi et où il habite encore aujourd'hui, dans le nord de la France, c'est un ovni. Il adore le matériel hi-fi, informatique, les grandes marques, les belles choses. Il rêve de luxe, de s'offrir une autre vie, une vie de star. C'est avec une apparente insouciance qu'il aborde la vie, mais quand on creuse un peu, on s'aperçoit que derrière le masque se cache une personnalité complexe, tiraillée entre les valeurs profondes de sa religion auxquelles il est très attaché et son homosexualité. Pour lui, il est clair qu'il est en totale contradiction avec les préceptes de l'Islam.
Cependant, il assume cette réalité, même s'il dit être parfois « un peu paumé ». Il affirme que le regard des autres lui est égal. Le plus difficile pour lui, c'est sa relation avec sa famille et, en particulier, sa mère qu'il adore, au fond, ce qui le relie à Dieu, lui permet de trouver la force nécessaire pour affronter le quotidien.

Filou : Comment vis-tu ton identité complexe ?

Yacine :
Je ne peux pas la vivre bien, je suis en contradiction avec ma propre religion, j'ai toujours l'impression d'être en désaccord avec moi-même. La religion occupe une grande place dans ma vie, je m'y accroche, parce que c'est ce qui m'aide. Au fond, je n'ai rien demandé, ça m'est tombé sur la gueule. Je suis comme je suis, je ne peux pas me mentir, jouer un rôle. Quand on me pose la question, je réponds oui, je suis gay.

Filou : Tu te sens coupable vis-à-vis de Dieu ?

Yacine :
Je ne me sens pas coupable, plutôt redevable. Dieu m'a aidé à traverser pas mal d'épreuve, notamment la mort de mon père. Il m'aide à tenir, à ne pas tomber dans la dépression ou dans la drogue, pire dans la prostitution. Il m'aide à ne pas sombrer. Je voudrais que Dieu ait un autre regard sur moi, parce que je pense que je lui dois beaucoup. Je voudrais me ranger sur le chemin de la normalité, même si je ne pense pas être anormal, enfin bref, c'est un gros bordel tout ça. Si la religion n'avait pas une place si importante dans ma vie, je m'en foutrais, comme certains de mes amis, c'est sûr, je le vivrais autrement.

Filou : Quand tu pries, qu'est ce que tu demandes à Dieu ?

Yacine :
Avant, quand je priais, je demandais à Dieu de me pardonner, comme si j'avais commis un crime. Je me sentais mal. Aujourd'hui, je lui demande de me guider, de me donner la foi, de m'offrir un équilibre, et même si ça parait fou, de m'aider à trouver une femme et d'avoir des enfants. Je dois avouer que quand je vois mes amis d'enfance se marier, avoir des enfants, ça me fout les boules. Je me dis que j'aimerais aussi vivre cela. De toutes façons je ne veux pas finir ma vie seul comme une vieille tapette, à courir derrière les petits jeunots. (Rire).

Filou : Tu t'es livré à ta famille ?

Yacine :
C'est un poids très lourd que je porte depuis mon adolescence, un lourd secret que j'ai révélé à trois de mes s½urs il y a seulement quelques mois. On en parle, on en rit même, et je dois avouer que ça me fait du bien. Avec ma mère, c'est différent, elle est très âgée, d'une autre génération, je ne pourrais jamais lui avouer... Je crois que ça la tuerait si je lui présentais mon petit ami : "Maman Rachid, Rachid Maman. " (Rire).

Filou : Ta mère voudrait que tu fondes une famille, comment gères-tu cela ?

Yacine :
Elle voudrait que je me marie, que j'aie des enfants, me voir heureux dans ma vie de famille. Elle me dit souvent « je n'attends que ça mon fils, après que la mort vienne, je l'accueillerai le c½ur en paix », et ça me pourrit l'existence. J'aime tellement ma mère, j'aimerais tellement lui offrir ça. Alors, ça fait un an que je pense à me marier, me ranger, rendre heureuse ma mère. En plus, j'ai une envie égoïste d'enfants, et si la femme que j'épouse doit en souffrir, alors tant pis. Si c'est le prix à payer, je le ferais... Enfin, c'est ce que je dis aujourd'hui, mais c'est compliqué. »

Filou : Comment te sens-tu aujourd'hui ?

Yacine :
Plutôt bien, je ne me sens pas fou, je ne me sens pas malade, juste différent. Un peu paumé quand même dans ma vie, égaré dans ma religion. Je me dis qu'il y a un truc qui cloche. C'est un peu un cercle vicieux, je n'ai pas trop le choix, j'assume ou plutôt je me suis fait une raison. Je ne vais pas chialer toute ma vie, j'ai assez chialé, ça suffit.

# Posté le jeudi 23 octobre 2008 14:20

Modifié le mercredi 14 octobre 2009 17:15

Le business du Beur...

Le business du Beur...
On connaissait les "Dieux du Stade", le calendrier fantasmatique des rugbymen du Stade Français très dénudés, best-seller des ventes depuis 2001. Ils ont fait des émules cette année: les "Dieux de la Cité", calendrier soft de "bogoss de téci" édité par Citebeur, le site web des beurs gay qui n'en finit pas de monter.

Des annonces, photos et vidéos, Citebeur est passé à la production et à l'édition avec des DVD X aux titres évocateurs: "Wesh cousin 1" puis 2 ("Kiffe la racaille") qui seront bientôt suivis, succès oblige, par les volumes 3 et 4, précédés par le calendrier. Ils mettent en scène, je cite: " des cailleras, des skarlas, des rebeus, des renois, des céfrans " de cité ou plutôt de téci.

Tout cela pour dire que se développe dans le milieu gay, tout un business autour des Français issus de l'immigration comme on dit en haut lieu. Les beurs ont la cote auprès des gays français comme les gays Américains fantasment sur les latinos: bronzés, bruns, exotiques, avantagés par la nature ou supposés tels...

Les boîtes gay leur font les yeux doux: soirées "Total Beur" (Le Dépôt), "6T-0ch" (Le Club), "Black-Blanc-Beur" (La Loco)... et les gays du Marais voient avec envie les meks des cités (sont-ils tous gays?) débarquer le samedi soir par le RER Châtelet-Les Halles en direction des clubs du quartier. Les amateurs de p'tits beurs sont ravis. Comme est ravi Stéphane Chibikh, créateur de Citebeur, lui même issu d'une cité. Il peut se frotter les mains, il fait son beurre...

Tout cela serait idyllique s'il était plus facile de vivre son homosexualité dans les cités, qu'elles soient en banlieue ou ailleurs...

# Posté le lundi 27 octobre 2008 05:39

Modifié le vendredi 28 août 2009 10:29